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Dictionnaire de la mort de Philippe Di Folco 21 Apr 2012
Dictionnaire de la mort de Philippe Di Folco | La bibliothèque du croque-morts

  Dictionnaire de la mort   Des dictionnaires, il y en a de toutes sortes. Du dictionnaire généraliste, au dictionnaire spécialisé dans un sujet, du vin à Alfred Hitchcock, il fallait s'attendre à ce que la mort bénéficie du sien. Chose que Larousse a fait, en 2010, sous la forme d'un pavé de 1000 pages, voguant de petits bonheurs en vraies déceptions.   C'est cap, une péninsule ? Non, juste un nez C'est une somme, un monstre de plus de 1100 pages, réalisé sous la direction de Philippe Di Folco, qui contient les articles de 200 contributeurs. Deux cents ! Oui. Dont cinq ou six pour cent ont un rapport avec le funéraire, un président d'associations de professionnels, un ancien fossoyeur, quelques médecins, parfois même légistes. Les autres ? Psychologues, sociologues, spécialistes en esthétiques, doctorants au cinéma, la liste des contributeurs est un concours de titres ronflants et de diplômes universitaires. J'attaquais donc ce dictionnaire avec une appréhension. Certes, les gens qui l'ont rédigés étaient bardés de diplômes, certes, comparés à mon propre niveau d'études, c'étaient des demi-dieux, mais je n'en voyais que très peu là-dedans qui eussent pu prétendre avoir autant ou plus de compétence que n'importe quel professionnel du funéraire pour parler de la mort. Le problème avec les universitaires étant leur faible propension à reconnaître leurs lacunes.     D'aventures en parti-pris Le premier parti-pris est celui de l'écriture, et c'est, en la matière, plutôt réussi. Certes, chaque article, en fonction du contributeur auquel il est dû, a son style, mais ce patchwork est bien plus fluide à lire que le style liminaire des dictionnaires classiques. Au niveau du contenu, cela se gâte. On trouve Dark Vador (sic) et Gilles Deleuze (Sic !), mais foin de décomposition. Le processus, important tout de même dans le cycle de la mort, est totalement ignoré. Plus intéressants, des articles sur des sujets techniques comme la thanatopraxie, par exemple, sont parmi les plus brefs. Comme si les techniques des pompes funèbres étaient un prix à payer pour se faire plaisir avec ce dictionnaire. On y trouve même des articles engagés, sur la politique et la des régimes dictatoriaux. Outre l'enfonçage de portes ouvertes (Le nazisme, c'est mal, on est content que l'auteur nous le dise, parce qu'on n'aurait jamais été à même de tirer soi-même cette conclusion), on y trouve du politiquement correct à toutes les sauces (ah, repentance, auto-flagellation, quand tu nous tiens), et le problème est là, plus d'ailleurs dans la forme que dans le fond. Certains articles eussent faits d'excellentes chroniques dans des journaux engagés, mais elles sont hors-sujet dans un dictionnaire de la mort, traitant d'un sujet, donc, qui est le plus universel, et par conséquents le plus neutre, de tous les sujets. Et puis ou va-t-on si les dictionnaires commencent à donner leur avis ? Imaginez ouvrir le Robert et tomber, parmi les noms propres, sur « Salvador Dali : peintre contemporain très surestimé ». C'est justement pour cela qu'on a inventé les « Dictionnaires amoureux » « Dictionnaires énervés », etc... Si l'ouvrage s'était appelé « Dictionnaire bobo de la mort », c’eût été de meilleur aloi.   Double face Le livre m'a plu. Je sais, c'est paradoxal. Mais il m'a plu. Il m'a rappelé ma jeunesse d’étudiant en philosophie, je sortais des cours le soir, un casque de walkman me diffusant la trilogie noire de The Cure, ou j'avais toujours dans ma poche, dans une pochette de velours noir, « Les Fleurs du mal » de Baudelaire, et je vous dispense de vos commentaires, il faut bien que jeunesse se passe. Mais aujourd'hui, presque vingt ans plus tard, professionnel du funéraire, qui a été chercher des corps dans des états épouvantables, en des endroits vraiment sordides, qui ait reçu des familles effondrées et vu ce qu'était le deuil, le vrai, j'aurais envie de dire aux auteurs de ce dictionnaire (et au moi d'il y a vingt ans, par dessus le marché) « Vous devriez laisser ce sujet aux grandes personnes » C'est prétentieux ? Assurément. Mais c'est pas moi qui ait commencé.   Le dictionnaire de la mort est donc un objet absolument indispensable si vous collectionnez tout ce qui de près ou de loin se rapporte au trépas, si vous vous passionnez pour toutes les visions abstraites de la camarde (Mot d'argot qui désigne la mort. Absent du « dictionnaire de la Mort »), et si vous voulez vous rappeler avec nostalgie de vos années New Wave. Si vous êtes un professionnel du funéraire et que vous cherchez quelque chose de précis et de sérieux, en revanche, passez votre chemin.   Guillaume Bailly (Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur)   Dictionnaire de la mort Sous la direction de Philippe Di Folco, Editions Larousse, collection « in extenso » 1130 pages, 26 euros  

 

Dictionnaire de la mort

 
Des dictionnaires, il y en a de toutes sortes. Du dictionnaire généraliste, au dictionnaire spécialisé dans un sujet, du vin à Alfred Hitchcock, il fallait s'attendre à ce que la mort bénéficie du sien. Chose que Larousse a fait, en 2010, sous la forme d'un pavé de 1000 pages, voguant de petits bonheurs en vraies déceptions.
 
C'est cap, une péninsule ? Non, juste un nez
C'est une somme, un monstre de plus de 1100 pages, réalisé sous la direction de Philippe Di Folco, qui contient les articles de 200 contributeurs. Deux cents ! Oui. Dont cinq ou six pour cent ont un rapport avec le funéraire, un président d'associations de professionnels, un ancien fossoyeur, quelques médecins, parfois même légistes. Les autres ? Psychologues, sociologues, spécialistes en esthétiques, doctorants au cinéma, la liste des contributeurs est un concours de titres ronflants et de diplômes universitaires.
J'attaquais donc ce dictionnaire avec une appréhension. Certes, les gens qui l'ont rédigés étaient bardés de diplômes, certes, comparés à mon propre niveau d'études, c'étaient des demi-dieux, mais je n'en voyais que très peu là-dedans qui eussent pu prétendre avoir autant ou plus de compétence que n'importe quel professionnel du funéraire pour parler de la mort. Le problème avec les universitaires étant leur faible propension à reconnaître leurs lacunes.
 
 
D'aventures en parti-pris
Le premier parti-pris est celui de l'écriture, et c'est, en la matière, plutôt réussi. Certes, chaque article, en fonction du contributeur auquel il est dû, a son style, mais ce patchwork est bien plus fluide à lire que le style liminaire des dictionnaires classiques.
Au niveau du contenu, cela se gâte. On trouve Dark Vador (sic) et Gilles Deleuze (Sic !), mais foin de décomposition. Le processus, important tout de même dans le cycle de la mort, est totalement ignoré. Plus intéressants, des articles sur des sujets techniques comme la thanatopraxie, par exemple, sont parmi les plus brefs. Comme si les techniques des pompes funèbres étaient un prix à payer pour se faire plaisir avec ce dictionnaire.
On y trouve même des articles engagés, sur la politique et la des régimes dictatoriaux. Outre l'enfonçage de portes ouvertes (Le nazisme, c'est mal, on est content que l'auteur nous le dise, parce qu'on n'aurait jamais été à même de tirer soi-même cette conclusion), on y trouve du politiquement correct à toutes les sauces (ah, repentance, auto-flagellation, quand tu nous tiens), et le problème est là, plus d'ailleurs dans la forme que dans le fond. Certains articles eussent faits d'excellentes chroniques dans des journaux engagés, mais elles sont hors-sujet dans un dictionnaire de la mort, traitant d'un sujet, donc, qui est le plus universel, et par conséquents le plus neutre, de tous les sujets. Et puis ou va-t-on si les dictionnaires commencent à donner leur avis ? Imaginez ouvrir le Robert et tomber, parmi les noms propres, sur « Salvador Dali : peintre contemporain très surestimé ». C'est justement pour cela qu'on a inventé les « Dictionnaires amoureux » « Dictionnaires énervés », etc... Si l'ouvrage s'était appelé « Dictionnaire bobo de la mort », c’eût été de meilleur aloi.
 
Double face
Le livre m'a plu. Je sais, c'est paradoxal. Mais il m'a plu. Il m'a rappelé ma jeunesse d’étudiant en philosophie, je sortais des cours le soir, un casque de walkman me diffusant la trilogie noire de The Cure, ou j'avais toujours dans ma poche, dans une pochette de velours noir, « Les Fleurs du mal » de Baudelaire, et je vous dispense de vos commentaires, il faut bien que jeunesse se passe.
Mais aujourd'hui, presque vingt ans plus tard, professionnel du funéraire, qui a été chercher des corps dans des états épouvantables, en des endroits vraiment sordides, qui ait reçu des familles effondrées et vu ce qu'était le deuil, le vrai, j'aurais envie de dire aux auteurs de ce dictionnaire (et au moi d'il y a vingt ans, par dessus le marché) « Vous devriez laisser ce sujet aux grandes personnes » C'est prétentieux ? Assurément. Mais c'est pas moi qui ait commencé.
 
Le dictionnaire de la mort est donc un objet absolument indispensable si vous collectionnez tout ce qui de près ou de loin se rapporte au trépas, si vous vous passionnez pour toutes les visions abstraites de la camarde (Mot d'argot qui désigne la mort. Absent du « dictionnaire de la Mort »), et si vous voulez vous rappeler avec nostalgie de vos années New Wave. Si vous êtes un professionnel du funéraire et que vous cherchez quelque chose de précis et de sérieux, en revanche, passez votre chemin.
 
Guillaume Bailly
(Les opinions exprimées dans cet article n'engagent que leur auteur)
 
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Sous la direction de Philippe Di Folco,
Editions Larousse, collection « in extenso »
1130 pages, 26 euros

 

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