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Souvenirs, mémoire familiale et écriture… | Par Sylvie Labansat | biographe | Memoria de las vidas
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Souvenirs, mémoire familiale et écriture… 21 Nov 2011
Souvenirs, mmoire familiale et criture | Par Sylvie Labansat | biographe

  Nous ne sommes pas toujours conscients du formidable patrimoine mmoriel dont nous sommes dtenteurs, souvent jusqu’ plus d’un sicle. Des souvenirs vous l’oubli si nous n’en faisons rien. Mais pourquoi avons-nous besoin de nous souvenir ?   Ds la naissance, nous faisons l’exprience de la rupture : sparation du ventre maternel, entre la crche ou l’cole, dmnagements, les amis qui s’loignent, perte d’un amour, d’un emploi, de sa jeunesse, deuils… Chaque perte induit une souffrance. Or, se souvenir aide faire vivre celui qui a exist mme si je ne le vois plus. La bance, le vide de la perte vont progressivement se combler, comme une plaie qui cicatrise. Cette cicatrice, c’est le souvenir.   Que gardons-nous de ceux qui ont travers notre vie ? Nous sommes parfois bouleverss quand des fragments de notre pass nous reviennent. C’est la vue d’une photo, l’coute d’un refrain familier, un parfum vocateur, la recette de cuisine d’une mre ou d’une grand-mre… Des expriences sensorielles, une mosaque de dtails de la vie quotidienne, qui prennent ancrage dans des supports matriels, vritables bquilles de la mmoire. Mais ces motions isoles et passagres restent soumises aux caprices d’une mmoire oublieuse et slective.     Mais au fait, quand nous parlons de souvenirs, de quoi parlons-nous ? Les nourrissons sont dots de mmoire mais ils sont encore incapables de symbolisation et de langage. partir de quatre ou cinq ans, l’enfant amorce un travail de mmorisation, principalement d’motions extrmes (peur, plaisir) et d’expriences sensorielles. Une palette de souvenirs qui va s’enrichir avec le temps et permettre le dveloppement de la pense et l'accumulation des savoirs.   L’ge accentue notre got de la rminiscence, moins par nostalgie qu’ la faveur d’vnements marquants (naissance, mariage, ruptures, maladie grave, deuil…) qui suscitent chez nous un questionnement rflexif ou le dsir de transmettre aux gnrations suivantes des valeurs et savoirs.   Dans le contexte actuel d’incertitude et de changements profonds, ce got de la transmission familiale est exacerb. La dpersonnalisation des rapports humains et l’loignement gographique, les familles dcomposes/recomposes… suscitent un repli sur le familier doubl d’une qute identitaire. L’historien Pierre Nora rattache l’origine du travail de mmoire familiale aux dracinements engendrs par l’industrialisation (exode rural, grandes migrations) au XIXe sicle.   La sociologue Anne Muxel explique que la mmoire familiale est « la faon dont un individu mobilise son pass et lui donne du sens. C’est une histoire, avec ses continuits et ses ruptures dans les liens familiaux ; ses formes de transmission et les contenus de l’hritage ». L’criture de ses souvenirs personnels s’inscrit dans une double dmarche, sociale et familiale. En effet, tout tre humain a le dsir de laisser une trace sur cette Terre, quelque chose de lui, ou de sa famille, qui ne va pas disparatre. Pour autant, tout le monde n’a pas envie d’taler sa vie publiquement sur Facebook : raconter son histoire est avant tout une aventure personnelle.   Quelques cls pour se lancer dans l’aventure exaltante mais difficile de l’criture du roman de sa vie. Se pencher sur la question, c’est dj combattre quelques ides reues.   -          crire ses souvenirs, ce n’est pas retracer son arbre gnalogique. La rigueur des archives familiales ou publiques taye et complte nos souvenirs. Elle pallie la fragilit de nos motions et nos oublis. Mais les archives sont des outils froids, dnus d’motion.   -          Vous ne saurez jamais tout. Archives lacunaires, inexistantes ou disparues ; seuil butoir du XVIIe sicle ; migrations ; enfants naturels ou abandonns ; zones d’ombre de certains personnages ou secrets de famille… crire le roman de sa vie, c’est aussi accepter le rel.   -          Ce livre n’est pas LA Vrit mais ma vrit. Chacun de nous a une lecture diffrente d’un mme vnement ou personnage. De plus, celui qui se souvient n’est jamais exactement le mme que celui qui a vcu l’exprience.   -          On ne peut pas tout crire. Raconter sa vie, c’est forcment procder des choix et donc, laisser des choses de ct. Pensez aussi la puissance des mots, crits pour plusieurs gnrations.   -          Il n’est jamais trop tard pour crire. Si vous ne tmoignez pas, ce sont jusqu’ cinq gnrations de souvenirs qui disparatront avec vous. Notre dernire cliente a … 98 ans.     Et quand vous vous sentirez prts ouvrir la vanne des souvenirs, laissez-les affluer… Surtout ne bridez pas votre mmoire en voulant ordonner vos souvenirs ou en cherchant un style d’criture, d’emble. Lchez-vous… La spontanit est toujours payante. Vous aurez tout le temps de reprendre l’criture. Un peu plus tard.   Et si vous n’tes pas srs de vouloir crire le roman de votre vie, ne renoncez pas pour autant… Pourquoi ne pas commencer par crire de longues lgendes dtailles de vos photos de famille ? Par raconter l’histoire de chaque objet porteur de souvenirs ? Les objets n’ont que le sens que nous leur confrons. Parce que nous les investissons de valeurs, de sentiments et qu’ils tmoignent de notre relation aux autres.   Et si vous ne pouvez, ou ne voulez, pas crire, parlez, racontez... Il suffit d’un petit enregistreur numrique pour recueillir votre tmoignage et celui de vos proches. Peu importe s’ils arrivent en vrac, « les souvenirs sont les enfants du hasard », comme dit joliment Daniel Pennac. Un jour peut-tre, d’autres y mettront de l’ordre et en feront un livre.   Soyez les artisans d’une mmoire intergnrationnelle. Ne la laissez pas s’vaporer… Vous y trouverez une vraie joie et elle sera source d’inspiration pour les gnrations futures.         Alors, raconte-nous… Sylvie Labansat, biographe Site : alorsracontenous.free.fr

 
Nous ne sommes pas toujours conscients du formidable patrimoine mémoriel dont nous sommes détenteurs, souvent jusqu’à plus d’un siècle. Des souvenirs voués à l’oubli si nous n’en faisons rien. Mais pourquoi avons-nous besoin de nous souvenir ?
 
Dès la naissance, nous faisons l’expérience de la rupture : séparation du ventre maternel, entrée à la crèche ou à l’école, déménagements, les amis qui s’éloignent, perte d’un amour, d’un emploi, de sa jeunesse, deuils… Chaque perte induit une souffrance. Or, se souvenir aide à faire vivre celui qui a existé même si je ne le vois plus. La béance, le vide de la perte vont progressivement se combler, comme une plaie qui cicatrise. Cette cicatrice, c’est le souvenir.
 
Que gardons-nous de ceux qui ont traversé notre vie ? Nous sommes parfois bouleversés quand des fragments de notre passé nous reviennent. C’est la vue d’une photo, l’écoute d’un refrain familier, un parfum évocateur, la recette de cuisine d’une mère ou d’une grand-mère… Des expériences sensorielles, une mosaïque de détails de la vie quotidienne, qui prennent ancrage dans des supports matériels, véritables béquilles de la mémoire. Mais ces émotions isolées et passagères restent soumises aux caprices d’une mémoire oublieuse et sélective.
 
 
Mais au fait, quand nous parlons de souvenirs, de quoi parlons-nous ?
Les nourrissons sont dotés de mémoire mais ils sont encore incapables de symbolisation et de langage. À partir de quatre ou cinq ans, l’enfant amorce un travail de mémorisation, principalement d’émotions extrêmes (peur, plaisir) et d’expériences sensorielles. Une palette de souvenirs qui va s’enrichir avec le temps et permettre le développement de la pensée et l'accumulation des savoirs.
 
L’âge accentue notre goût de la réminiscence, moins par nostalgie qu’à la faveur d’événements marquants (naissance, mariage, ruptures, maladie grave, deuil…) qui suscitent chez nous un questionnement réflexif ou le désir de transmettre aux générations suivantes des valeurs et savoirs.
 
Dans le contexte actuel d’incertitude et de changements profonds, ce goût de la transmission familiale est exacerbé. La dépersonnalisation des rapports humains et l’éloignement géographique, les familles décomposées/recomposées… suscitent un repli sur le familier doublé d’une quête identitaire. L’historien Pierre Nora rattache l’origine du travail de mémoire familiale aux déracinements engendrés par l’industrialisation (exode rural, grandes migrations) au XIXe siècle.
 
La sociologue Anne Muxel explique que la mémoire familiale est « la façon dont un individu mobilise son passé et lui donne du sens. C’est une histoire, avec ses continuités et ses ruptures dans les liens familiaux ; ses formes de transmission et les contenus de l’héritage ». L’écriture de ses souvenirs personnels s’inscrit dans une double démarche, sociale et familiale. En effet, tout être humain a le désir de laisser une trace sur cette Terre, quelque chose de lui, ou de sa famille, qui ne va pas disparaître. Pour autant, tout le monde n’a pas envie d’étaler sa vie publiquement sur Facebook : raconter son histoire est avant tout une aventure personnelle.
 
Quelques clés pour se lancer dans l’aventure exaltante mais difficile de l’écriture du roman de sa vie. Se pencher sur la question, c’est déjà combattre quelques idées reçues.
 
-          Écrire ses souvenirs, ce n’est pas retracer son arbre généalogique. La rigueur des archives familiales ou publiques étaye et complète nos souvenirs. Elle pallie la fragilité de nos émotions et nos oublis. Mais les archives sont des outils froids, dénués d’émotion.
 
-          Vous ne saurez jamais tout. Archives lacunaires, inexistantes ou disparues ; seuil butoir du XVIIe siècle ; migrations ; enfants naturels ou abandonnés ; zones d’ombre de certains personnages ou secrets de famille… Écrire le roman de sa vie, c’est aussi accepter le réel.
 
-          Ce livre n’est pas LA Vérité mais ma vérité. Chacun de nous a une lecture différente d’un même événement ou personnage. De plus, celui qui se souvient n’est jamais exactement le même que celui qui a vécu l’expérience.
 
-          On ne peut pas tout écrire. Raconter sa vie, c’est forcément procéder à des choix et donc, laisser des choses de côté. Pensez aussi à la puissance des mots, écrits pour plusieurs générations.
 
-          Il n’est jamais trop tard pour écrire. Si vous ne témoignez pas, ce sont jusqu’à cinq générations de souvenirs qui disparaîtront avec vous. Notre dernière cliente a … 98 ans.
 
 
Et quand vous vous sentirez prêts à ouvrir la vanne des souvenirs, laissez-les affluer… Surtout ne bridez pas votre mémoire en voulant ordonner vos souvenirs ou en cherchant un style d’écriture, d’emblée. Lâchez-vous… La spontanéité est toujours payante. Vous aurez tout le temps de reprendre l’écriture. Un peu plus tard.
 
Et si vous n’êtes pas sûrs de vouloir écrire le roman de votre vie, ne renoncez pas pour autant… Pourquoi ne pas commencer par écrire de longues légendes détaillées de vos photos de famille ?
Par raconter l’histoire de chaque objet porteur de souvenirs ? Les objets n’ont que le sens que nous leur conférons. Parce que nous les investissons de valeurs, de sentiments et qu’ils témoignent de notre relation aux autres.
 
Et si vous ne pouvez, ou ne voulez, pas écrire, parlez, racontez... Il suffit d’un petit enregistreur numérique pour recueillir votre témoignage et celui de vos proches. Peu importe s’ils arrivent en vrac, « les souvenirs sont les enfants du hasard », comme dit joliment Daniel Pennac. Un jour peut-être, d’autres y mettront de l’ordre et en feront un livre.
 
Soyez les artisans d’une mémoire intergénérationnelle. Ne la laissez pas s’évaporer…
Vous y trouverez une vraie joie et elle sera source d’inspiration pour les générations futures.
 
 
 
 
Alors, raconte-nous…
Sylvie Labansat, biographe

Souvenirs, mmoire familiale et criture | Par Sylvie Labansat | biographe
 
 
 
 
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